Merci M.C
La Ciguatera

La ciguatera ou ICP (Intoxication Ciguatérique par les Poissons) est une intoxication provoquée par la consommation de poissons tropicaux appartenant à des espèces habituellement comestibles. La ciguatera est classée par le Codex Alimentarius, en première position parmi les intoxications alimentaires d'origine marine, avec entre
10 000 et 50 000 cas par an dans le monde.
La ciguatera a un impact très important sur la santé des populations dans les zones endémiques des Océans Pacifique, Atlantique et Indien.
Dans l'Océan Atlantique, les petites et les grandes Antilles sont concernées par la ciguatera dans différentes proportions. Les grandes zones de captures de poissons ciguatoxiques se situent entre la côte sud de la Floride et les Bahamas, et entre Porto Rico et la Guadeloupe.
Le terme ciguatera désigne l'intoxication alimentaire mais aussi l'ensemble des phénomènes relatifs au transfert des toxines dans la chaîne alimentaire.
Le syndrôme ciguatérique en Guadeloupe
L'intoxication ciguatérique fait partie des Toxi-infections alimentaires collectives (TIAC). Toute TIAC doit faire l'objet d'une déclaration obligatoire à l'autorité sanitaire départementale (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales ou Direction des Services Vétérinaires).
Depuis 1992, la DDASS de Guadeloupe recueille, de façon hebdomadaire, les cas de TIAC par l'intermédiaire d'un réseau de surveillance sanitaire, le réseau "Sentinelle". En collaboration avec le médecin et les infirmières de la DSDS, nous avons choisi d'utiliser ce réseau à partir de 1997 pour recueillir des données épidémiologiques sur la ciguatera en Guadeloupe grâce à une fiche d'enquête.
De 1997 à 1999, 28 incidents ciguatériques impliquant 90 personnes ont été déclarés par l'intermédiaire du réseau Sentinelle. L'endémie est variable selon l'année et touche toutes les classes d'âge (46 % des cas recensés concernent les adultes de 30 à 49 ans).
Les premiers signes d'intoxication surviennent généralement dans les 12 h qui suivent l'ingestion d'un poisson toxique. La ciguatera est caractérisée par des effets digestifs précoces, cardio-vasculaires transitoires et neurologiques persistants. Le tableau du syndrome ciguatérique en Guadeloupe est similaire à celui observé dans d'autres îles de la Caraïbe ou en Floride avec une prédominance des signes digestifs, de l'asthénie et des paresthésies des extrémités.
Les atteintes cardio-vasculaires, (hypotension et bradycardie) ainsi que les troubles de la sensibilité comme l'inversion de la sensation de chaud et de froid interviennent également mais dans des proportions moindres. Aucun décès n'a été rélevé pendant notre étude. Des données récoltées lors du suivi de certains cas au CHU de Pointe-à-Pitre ont été précieuses car elles ont démontré que certains signes comme le prurit et les signes neurologiques, peuvent se déclarer plusieurs jours après l'ingestion du poisson.
Les poissons impliqués dans les intoxications en Guadeloupe :
88 % des intoxications de notre étude sont provoqués par des poissons de haut niveau trophique avec une prédominance des carangues et des pagres, qui sont cités respectivement dans 45 et 31 % des cas. Les barracudas et les mérous ou vieilles sont également impliqués. La plupart de ces poissons sont interdits de pêche en Guadeloupe.
POISSONS NE DEVANT PAS ÊTRE PECHES OU MIS EN VENTE |
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QUELQUE SOIT LE LIEU DE PECHE, |
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POISSONS NE DEVANT ÊTRE PECHES OU MIS EN VENTE |
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Nous avons également réalisé une étude toxicologique sur souris et poussins ainsi que sur 178 spécimens de poissons (26 espèces), pêchés à St barthélemy et en Guadeloupe de 1993 à 1999. Les spécimens toxiques appartiennent à quatre familles de poissons carnivores et de haut niveau trophique : carangues, pagres, mérous et barracudas. Les pourcentages de poissons toxiques pour l'homme s'élèvent à 29 % chez la carangue gros yeux, 27 % chez la carangue jaune, et 33 % chez la carangue noire. Une corrélation positive entre le poids et la toxicité a été trouvée pour l'espèce carangue gros yeux et pour les pagres toutes espèces confondues. Les poissons carnivores de petite taille appartenant à différentes espèces de mérous ont montré une toxicité moyenne tandis que les espèces atoxiques de notre étude sont (a) des poissons pélagiques (les dorades coryphènes, les bonite blanches et les thons rélés (b) des petits mangeurs d'invertébrés ou des microphages de bourses blanches et les vives, (c) des poissons appartenant à des espèces à risque mais de petite taille ou (d) des poissons appartenant à des familles habituellement comestibles. Ces travaux confirment donc la nécessité de conserver une réglementation interdisant la pêche de certaines familles poissons tout en relativisant l'intérêt d'une législation restrictive en fonction du poids du poisson pêché.
Les travaux scientifiques sur les poissons des Antilles
Nous avons étudié, pour la première fois, la diversité des toxines dans les poissons de la Caraïbe (Pottier et coll., 2002). Treize composés de type ciguatoxine ont été détectés dans des extraits de chairs de poissons. Cependant, on observe une grande variation d'un individu à l'autre dans une même espèce de poisson, d'une espèce à l'autre, et d'un tissu à l'autre. De plus, certains composés ont montré une activité biologique typique des ciguatoxines déjà connues mais elles ont également la particularité de provoquer une action rapide chez la souris, leur intervention dans la symptomatologie de la ciguatera ne peut donc être négligée. Le phénomène ciguatérique est donc variable et dépend de l'histoire alimentaire propre à chaque poisson.
En conclusion, la ciguatera est un problème de santé publique caractérisé par une grande diversité au niveau des symptômes, des espèces de poissons responsables et des toxines impliquées. Le développement du tourisme et la place importante du poisson dans le régime alimentaire en Guadeloupe sont des facteurs qui rendent indispensables le suivi épidémiologique afin de pouvoir suivre l'évolution de l'endémie ciguatérique en Guadeloupe. De plus, un suivi systématique des malades après l'intoxication apporterait des informations sur la durée de la maladie, les symptômes récurrents et les séquelles éventuelles. Nous souhaitons également poursuivre les travaux de recherche en étudiant les microalgues responsables aux Antilles et en développant un test simple de contrôle sanitaire des poissons à risque.
Glossaire :
Agueusie :Absence de sensibilité gustative.
Asthénie : Manque de force, de vitalité physique et psychique; état de dépression, de faiblesse.
Bradycardie : Ralentissement du rythme cardiaque (< 60 pulsations par minute).
Collapsus : État pathologique caractérisé par un malaise soudain et intense, une baisse de la tension, un pouls rapide, des sueurs froides.
Dysesthésies : Troubles de la sensibilité (sensations d'engourdissement, de picotements, de fourmillements).
Erythème : Rougeur congestive de la peau, s'effaçant à la pression.
Hyperesthésies : Sensibilité exagérée, pathologique (hyperesthésie du toucher).
Hypotension : Tension artérielle inférieure à la normale; diminution de la tension.
Paresthésies : Troubles de la sensibilité se traduisant par la perception de sensations anormales touchant principalement les pieds, les mains et la région péri-buccale (picotements, brûlures).
Prurit : démangeaisons de la peau.
TIAC : un foyer de TIAC est défini par la survenue d'au moins deux cas groupés d'une symptomatologie similaire dont on peut rapporter la cause à une même origine alimentaire.
Ivannah POTTIER - CALMET
Références :
Pottier I. (2002). La ciguatera aux Antilles : épidémiologie, analyse de la C-CTX-1 et étude de la diversité des ciguatoxines dans les poissons toxicophores. Université de Caen, 271
Contacts :
Ivannah Pottier : ivannahpottier@yahoo.com
Laboratoire de Microbiologie Alimentaire U.S.C. INRA, Thèse d'université : Université de Caen, Esplanade de la Paix, 14032 Caen cedex.